Les projets d’établissement intégrés

Publication : 03.05.2007 Modifié : 22.01.2018

Les prémisses d’un véritable projet intégré institutionnel sont :

  1. Le traitement du plagiat et de la fraude n’est efficient que dans le cadre d’un projet intégré
  2. Les 10 plans d’action sont distingués pour être mieux analysés et conduits pas divers acteurs
  3. Le temps de mise en place doit être assez bref, un an à deux ans,  les institutions devant affirmer une politique claire et déterminée.
  4. Un projet intégré est l’occasion pour chaque acteur impliqué directement dans la création et la diffusion de connaissance de mettre son travail en perspective.

Les référents organisationnels qui ont la responsabilité de mettre en place des projets intégrés de promotion d’une éthique vertueuse au niveau de leur établissement peuvent s’appuyer sur les dix plans d’action que nous avons établis lors de nos rencontres institutionnelles sont présentés ici.

Plan 1 : Impliquer les instances dirigeantes

Il est illusoire de penser que l’on puisse travailler sur une thématique d’une telle importance sans que les instances dirigeantes ne soient totalement motivées et impliquées. Il faut donc les aider à ne pas raisonner en termes manichéens « création de connaissance vs. fraude académique » et se décharger du problème sur d’autres instances.

Il y a quelques années encore chaque système de formation avait une histoire et une culture qui induisaient un mode de pédagogie spécifique se déterminant par rapport à la théorie, à la pratique et aux applications de disciplines indépendantes. Aujourd’hui, à la déstructuration de ces différents systèmes et à la vitesse de circulation des savoirs, s’ajoute une dilution de la l’éthique. Ainsi, Internet a révolutionné les manières d’acquérir et produire la connaissance, comme l’imprimerie les avait révolutionnées. Une seule différence : les instances dirigeantes n’ont pas deux siècles pour s’y adapter, mais quelques années.

La volonté de bâtir une politique de savoir et savoir-faire en matière de bonne utilisation d’Internet doit être indissociable de la volonté des dirigeants des institutions de participer à la mutation du savoir.

Suggestions

• Etre réaliste : Ne plus penser que le plagiat sur Internet est une maladie honteuse.

• Dégager les fonds nécessaires : L’investissement humain et financier ne saurait être nul, mais il est surtout « time consuming » pour le groupe de projet. Il s’agit de l’inscrire formellement dans le budget de l’institution.

Plan 2 : mettre en place un groupe de projet

Modifier des habitudes et des processus d’une institution ne peut être imposé autoritairement. Il est donc indispensable de constituer un groupe de projet, non sur la base d’un simple volontariat ou de raisons hiérarchiques, mais en raison de complémentarité des profils que la problématique appelle.

Le projet est défini comme ensemble coordonné d’actions, qui mettent en jeu des compétences transversales de différentes fonctions, afin d’atteindre le but défini par une intention explicite. Ce groupe de projet définit les procédures, en accord avec les acteurs concernés, fixe le programme nécessaire pour les mettre en application, veille à leur mise en place opérationnelle et assure le reporting auprès des dirigeants et des acteurs concernés.

Suggestions

• Impliquer : comme chef de projet un enseignant spécialiste de la gestion et de l’organisation, un informaticien, féru d’Internet, un/e bibliothécaire, un spécialiste de la communication (ou une agence), un conseiller légal, un étudiant (responsable d’association).

Plan 3 : Ouvrir le débat sur la connaissance au XXI e siècle

Tout étudiant ayant un travail conceptuel à réaliser commence par soumettre sa problématique à Google et, ce faisant, il se soumet à la loi de Wikipédia. Les étudiants n’ayant pas développé un esprit critique n’ont pas les moyens de vérifier ce qu’est une information fiable et valide, ce qu’est une bonne source. Les étudiants sont des autodidactes dans un cadre intellectuel à géométrie variable.

Nul ne peut plus prétendre contrôler un savoir dont la trame est un patchwork de connaissances si personnalisées. Or ces étudiants deviennent nos doctorants et futurs collègues mais aussi des cadres dans la société civile

Suggestions

• La création de connaissance : Faire le lien entre l’immatérialité des connaissances et le monde réel. Les étudiants doivent-il créer de la connaissance ou faire preuve de compétences acquises ?

• Vérification par les enseignants : Éveiller chez les étudiants l’esprit critique vis-à-vis des différentes sources de la toile. Leur apprendre à détecter les « fake news » de la connaissance. Les explications figurant sur la toile en faisant une recherche par mots clé sur les concepts de son cours. On est toujours surpris de la variance des explications.

Plan 4 : Eveiller à la bonne utilisation du Web

En arrivant à l’université, les étudiants ont une connaissance partielle de l’emploi de la référence bibliographique ou ne savent pas du tout s’en servir. Souvent, ils ont utilisé Internet dans leurs classes antérieures en confondant le bricolage de texte à la sauce « Lego », avec la production authentiquement intellectuelle.

De bonne foi, ils ont le plus souvent qu’une connaissance approximative de la manière de citer correctement une œuvre. Il faut donc leur apprendre à effectuer une recherche documentaire sur bases de données et sur Internet, la façon de citer, le respect du droit d’auteur et de la déontologie scientifique en matière de citation des documents.

Suggestions

• Impliquer les bibliothèques : elles sont le cœur du système de la connaissance universitaire, pour mettre en œuvre des outils spécifiques.

• Créer un cours obligatoire : un jour au moins est nécessaire, sous la supervision des responsables de bibliothèques, pour apprendre aux étudiants la recherche documentaire, la critique quant aux sources, la logique de citation, etc.

Plan 5 : Etablir une charte d’intégrité

Les universités disposent généralement de directives d’intégrité qui concernent la recherche scientifique. Rares sont celles qui affichent des chartes de déontologie en matière d’enseignement.Pourtant l’équité dans l’évaluation est un devoir envers les étudiants qui doivent pourvoir mesurer leurs progrès, établir la relation entre travail et note, et se comparer aux autres étudiants.

De nombreux comportements pédagogiques sont dictés par des codes implicites de responsabilité qui se transmettent de maître à disciple, de patron de labo à jeune assistant. De tels codes pourraient facilement être rendus transparents et explicites.

Suggestions

• Nommer un organe d’élaboration d’une charte de déontologie pédagogique.

• Impliquer enseignants et membres de la relève académique (M.A., Aters, assistants, doctorants, etc.), des étudiants de différents cycles universitaires.

• Obtenir l’engagement des enseignants/étudiants à respecter cette charte.

Plan 6 : Former et informer les étudiants et les enseignants

La communication est le nerf de la guerre. Elle doit correspondre au style des jeunes : un mélange de séduction dans le message et de directives claires. Certes, certains seront tentés de réaliser des paraphrases pour masquer les passages déclarés douteux par les logiciels, mais ils découvriront vite que c’est plus fastidieux que d’être original, et autrement moins valorisant.

Nombre d’enseignants, de leur côté, croient que les étudiants plagient de manière involontaire. La plupart placent leur énergie sur la recherche ou sur la création en pédagogie, et non sur le contrôle des connaissances acquises.

Suggestions

• Faire une page Web spécifique pour rappeler les normes et les valeurs de l’institution (respect, équité…) et pourquoi le plagiat et al fraude scientifiques sont pris au sérieux.

• Faire ensuite que des contrôles au hasard et non systématiques (coût).

Plan 7 : Choisir un logiciel de détection de plagiat

Ces logiciels sont une mesure préventive qui évite le plagiat massif, même s’ils ne prémunissent pas de tout risques. Ainsi, ils n’ont pas accès aux bases de données commerciales, ni aux bases de données constituées d’anciens travaux compilés au sein même des établissements par des étudiants astucieux, ni le travail d’un « ghostwriter ».

Rien ne remplace pas l’œil exercé du correcteur qui sait détecter les différences de style dans un écrit. Un des moyens les plus efficaces de placer les étudiants face à leurs responsabilités est de leur demander d’effectuer eux-mêmes un contrôle d’authenticité de leurs écrits.

Suggestions

Comparer les logiciels : suivre un cahier des charges précis pour choisir le logiciel de détection le plus approprié. Les besoins des disciplines varient grandement. Réévaluer régulièrement l’usage et le choix du logiciel régulièrement.

• Demander à tous les étudiants de soumettre leurs mémoires de recherche et leurs thèses au détecteur de plagiat avant de les rendre à leur professeur.

Plan 8 : Décrire le processus de traitement des plaintes

La charge de la preuve incombe à l’enseignant ou au chercheur qui a détecté un plagiat. Il doit constituer un dossier, le soumettre aux instances disciplinaires. C’est toujours une action  lourde à gérer et peu ou pas valorisée au niveau institutionnel.

Le jeu en vaut-il la chandelle ? In fine, il s’agit souvent d’un jeu de dupe, car les témoins de fraude ou plagiat sont nombreux mais nul ne veut parler.  La loi de la « solidarité » s’impose. Il faut alors, comme dans les processus de lutte contre la corruption dans les entreprises, impliquer tous les acteurs.

Suggestions

• Communiquer largement les principes de lutte contre les fraudes majeures et leur application.

• Sensibiliser enseignants et étudiants à leurs droits et devoirs en ce qui concerne les fraudes majeures, en particulier dans les mémoires de recherche et les thèses de doctorat.

• Ouvrir une voie de communication privilégiée et confidentielle pour ces cas de fraude majeure afin de protéger l’acteur qui effectue la dénonciation.

• Communiquer les processus de gestion des sanctions.

Plan 9 : Accompagner les enseignants et chercheurs

Les collaborateurs et enseignants éprouvent un sentiment de solitude et un découragement certain quand ils sont confrontés au plagiat et à la fraude scientifique. Le fait de centraliser le processus de contrôle en un lieu neutre les aide.

Un autre avantage de cette centralisation est la possibilité de constituer des statistiques descriptives indiquant les spécificités des plagiats et de fraude scientifique révélés par département, faculté ou service. Il est possible de se servir ensuite des données compilées pour en tirer des statistiques utiles et faire évoluer la charte de déontologie.

Suggestions :

• Nommer un référent intégrité qui aidera les  personnes souhaitant dénoncer un manquement présumé à l’intégrité.

• Constituer une base de statistiques par discipline et faculté à des fins d’analyse et publier un feed-back annuel des cas anonymisés et des sanctions émise

Plan 10 : Etablir les sanctions et les appliquer

Un étudiant ou un chercheur pris en flagrant délit de plagiat ou de fraude tentent toujours de négocier leur peine arguant de plagiat « inconscient » ou de fraude par « inattention ». Ce type de négociation individuelle exerce une pression psychologique usante.

Il est donc primordial d’établir des dispositifs de sanctions transparents et solides, et ne prêtant pas à discussion.

Suggestions

• Toute dénonciation de plagiat ou fraude, quel que soit le statut du dénonciateur, doit déclencher une enquête.

• Si la fraude est prononcée, c’est un « conseil disciplinaire » qui devrait la prononcer.

• En cas de plagiat ou fraude grave la suspension ou l’exclusion définitive de l’établissement devrait être prononcée.

• La possibilité de recours contre la sanction devrait exister dans un délai bref et son examen devrait être rapide.

• La publication de l’avis d’exclusion pour fraude devrait avoir lieu – de manière anonymisée – à la prise d’effet de la sanction.