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Compte rendus de lecture

Compte rendus de lecture

 

Association des professionnels de l’information et de la documentation (ADBS)

Une synthèse pour l’action responsable

Analyse de Bruno Richardot, documentation@tard-bourrichon.fr

Qui dit « plagiat universitaire » dit « Michelle Bergadaà » – et réciproquement et depuis longtemps.

Tout semble commencer en 2004, avec le fameux appel du 31 mars[1] qui commence par ces phrases : « Chers collègues, chers étudiants, chers amis, Un point me préoccupe ; j’ai besoin de votre aide. ». Plus loin, « Internet : un fabuleux espoir pour la connaissance et un immense risque de souffrance. J’assume. Je suis responsable d’avoir laissé mes étudiants jouer au « Lego » de la connaissance sur Internet sans guides moraux et spirituels. Que deviendront-ils dans la vie active ? Des joueurs de « Enron » et de « Parmalat »? ».

Un mois plus tard, un travail collectif s’organise et s’outille au sein de l’Université de Genève. Les échanges foisonnent qui finissent, au fil des mois et des années, par fertiliser la volonté collective de construire de la connaissance sur la question. Mais, dès mars 2004, les termes sont posés : on est dans l’action, c’est-à-dire la responsabilité (celle de l’enseignant, celle de l’étudiant) et la déontologie – qui ne s’impose pas mais se discute.

Les questions ne manquent pas. De quoi parle-t-on ? Qu’est-ce que le plagiat ? Pourquoi et comment plagie-t-on ? Comment les enseignants vivent-ils le plagiat de leurs étudiants ? Que fait-on dans l’institution académique pour prévenir le plagiat ?

Début 2006, Michelle Bergadaà a co-signé une étude de la signification de « plagiat » et de « copié-collé » pour les étudiants eux-mêmes. L’enquête, démarrée en 2004, conclut à la caractérisation de cinq profils étudiants, du non plagieur au fraudeur, en passant par le bricoleur, le tricheur et le manipulateur. À chacun de ces profils correspond une appréhension nuancée de ce qu’est la « responsabilité académique ». On retrouvera cette typologie tout au long des travaux de l’auteure, jusque dans notre ouvrage (chapitre 3) où elle insiste sur la nécessité d’identifier le profil du plagieur avant d’entreprendre quoi que ce soit et de signifier les normes et les valeurs éthiques.

Du point de vue de l’institution universitaire, la question est celle de l’« intégrité académique ». Mais pas n’importe comment. Le rapport de 2008, « La relation éthique-plagiat dans la réalisation des travaux personnels par les étudiants [2]», produit par la commission Éthique-Plagiat de l’Université de Genève que préside notre auteure, est clair sur ce point, précisant l’idée que la déontologie en la matière ne saurait s’imposer : « Le leitmotiv de ce rapport est qu’il va […] nous falloir être créatifs pour imaginer, dans ce contact quotidien avec Internet, la mise en œuvre concrète de nos valeurs et de nos normes universitaires avec – et non contre – nos étudiants. » Aussi bien le problème n’est-il pas de l’ordre du droit. Les douze pages de l’annexe 1 de notre ouvrage exhibe la « difficile coordination » entre le juridique et l’académique.

Reste que, comme disait l’auteure en 2011[3], au sein des universités françaises, « il revient à chaque enseignant d’assurer lui-même la lutte contre le plagiat et il n’y a pas de position commune, ni de règle systématique. »

D’où cette saine croisade de Michelle Bergadaà et tous ses « collaborateurs » de la francophonie, lancée voici douze ans, armée d’un site web et tracée par de nombreuses publications – dont ce livre, qui fonctionne comme une synthèse pour l’action responsable.

1www.responsable.unige.ch/top/newsletter/historique-de-nos-lettres.html#l *

2 http://responsable.unige.ch/assets/files/RapportPlagiat_Unige2008.pdf
3 http://cursus.edu/article/17495/michelle-bergadaa-plagiat-est-pas-encore/#.V15bILuLSM9

Rédigé par ADBS – Mise à jour le 28 juin 2016

 

Paroles de philosophe

Publication 04.07.2016

Avant-propos : Parce qu’un texte de Maurice Lagneux – Un défi pour la pédagogie universitaire:
le plagiat inconscient (1982) nous avait inspiré notre méthodologie d’expertise du plagiat, il nous a fait l’honneur de lire et commenter notre livre. Nous avions si peu de chances de savoir que les mêmes racines intellectuelles, le même ADN éthique – et philosophique, donc –  avaient déterminés notre destin d’acteurs académiques…

Maurice Lagueux fait ses études classiques à Montréal, où il obtient en 1961 un baccalauréat ès Arts (B.A.). Il complète en 1965 un doctorat de 3e cycle en philosophie sous la direction de Paul Ricoeur intitulé « Merleau-Ponty et la tâche du philosophe ». Maurice Lagueux enseigne la philosophie de l’histoire à l’Université de Montréal de 1967 à 2005 et il obtient le titre de professeur titulaire au département de philosophie en 1982. Pendant plus de 20 ans, il a en plus assumé l’enseignement de l’histoire de la pensée économique au département de sciences économiques de l’Université de Montréal. Retraité depuis 2005, il poursuit ses travaux en épistémologie de l’économie ainsi que la rédaction d’un ouvrage en philosophie de l’architecture des universités. Maurice Lagueux a été président de l’Association canadienne de philosophie en 1982-1983.

________________

Madame,

Ce n’est que ces jours-ci que j’ai achevé la lecture de votre livre, lecture qui a été beaucoup retardée par les différents travaux qui m’attendaient à mon retour à Montréal.

Ce livre m’a d’abord fait découvrir l’ampleur des organisations que vous avez beaucoup contribué à mettre en place pour lutter contre le plagiat. J’ai été fort impressionné par le fonctionnement de ces structures que je ne connaissais vraiment pas. J’ai découvert aussi jusqu’à quel point il se confirmait que le plagiat est un phénomène omniprésent. Je me doutais bien depuis longtemps que ce type de tricherie devait se retrouver un peu partout, mais je n’avais aucun moyen de le prouver, ne pouvant me baser que sur les quelques cas de plagiat que j’avais détectés un peu par chance surtout chez des étudiants, mais aussi chez l’auteur d’un article de revue savante que je devais évaluer et même chez un professeur de la Sorbonne comme je le signalais dans l’article que vous m’avez fait l’honneur de citer.

La liste des 10 conséquences du plagiat et l’analyse que vous en faites m’ont paru être d’un grand intérêt. Pour ma part, c’est le tort fait au lecteur et au système qui sont les conséquences auxquelles   j’ai toujours été le plus sensible. J’avoue ne pas l’avoir été beaucoup à l’égard du tort fait au plagié. Sans doute est-ce à cause du caractère propre aux plagiats que j’ai rencontrés. Des étudiants qui plagiaient dans leurs travaux un ouvrage publié quelques années plus tôt ne faisaient guère de tort à cet auteur, mais combien ils me faisaient perdre de temps à moi, leur seul lecteur, et combien ils accroissaient la lourdeur  déjà considérable de la correction des travaux. Même le professeur de la Sorbonne qui a plagié Merleau-Ponty, qui était mort peu avant, ne lui a pas fait de tort, même si son texte a été publié dans une importante revue française et traduit quelques années plus tard dans une revue académique américaine, mais il a sûrement nui à la réputation de ces revues et, surtout, il a contribué à rendre quelque peu absurde et ridicule l’idée d’échange académique en  philosophie. Dans une deuxième et dernière contribution sur le sujet que j’ai publiée dans le journal Le Devoir en 1989 à l’occasion d’un plagiat qui venait d’être reproché au célèbre metteur en scène québécois Robert Lepage, j’avais insisté surtout sur l’occasion ratée pour les critiques de théâtre de découvrir un auteur peu connu et de confronter ses vues à celles de Lepage. C’est la discussion intellectuelle d’un certain type qui devient vaine et ridicule en de telles occasions.

Mais il y a des cas où c’est l’auteur plagié qui souffre le plus et ça je l’ai découvert en lisant votre livre. J’imaginais bien que ce pouvait être le cas, mais ça demeurait assez abstrait dans mon esprit. Je pense que les exemples que vous décrivez et les réactions de certaines victimes que vous citez le montrent de façon convaincante et je suis heureux d’avoir pris conscience de l’importance de ce phénomène dont manifestement sont victimes, en particulier, les doctorants et les jeunes chercheurs.

Il y a une autre conséquence fâcheuse du comportement plagiaire qui est implicite, me semble-t-il, dans les conséquences que vous mentionnez. C’est qu’il peut victimiser des auteurs qui sont aux antipodes du comportement plagiaire, mais qui peuvent être accusés de plagiat avec légèreté sans la moindre preuve, puisque le plagiat est un comportement si répandu qu’on croit le voir partout. J’ai moi même été accusé de plagiat à deux reprises par des professeurs d’un collèges classique (le niveau du lycée au Québec des années 1950). J’étais particulièrement fier de mes trouvailles qui, apparemment, ont paru trop au delà de ce que ces professeurs m’estimaient capables de faire, de sorte qu’ils ont  laissé entendre devant la classe, sans la moindre preuve évidemment, que j’avais plagié. C’est là une expérience dévastatrice, surtout pour un jeune étudiant d’environ 18 ans. Cela me semble renforcer l’idée voulant que le plagiat soit une fraude à l’égard du système, ici à l’égard du système scolaire qui perd un peu son sens dans un tel contexte. Comme vos exemples le montrent bien, la détection d’un plagiat ne peut se faire par simple intuition. Ce n’est pas une tâche facile, parce que ça exige des preuves.

J’ai été un peu surpris en lisant dans l’un de vos chapitres que c’est avec la rédaction de la thèse de doctorat que s’installent les habitudes plagiaires chez plusieurs. Je crois maintenant comprendre que vous parliez surtout du plagiat comme méthode consciente de «travail». Pour ces doctorants, il faut, par tous les moyens, rédiger une thèse acceptable. Mais je pense que bien avant qu’ils aient à rédiger une thèse, plusieurs étudiants sont tenus de composer des dissertations qui exigent des connaissances et une maîtrise de la pensée qui va bien au-delà de ce qu’ils sont en mesure de faire. Alors il leur paraît normal de copier des extraits de textes qu’ils sont fiers d’avoir au moins dénichés. Quand ils étaient enfants, dans les classes pré-scolaires, ils étaient — et on les comprend — très fiers d’avoir copiés des passages pertinents de l’encyclopédie familiale. Il n’y a pas, me semble-t-il, de rupture par la suite dans leur méthode de travail (c’est ce que j’ai appelé peut-être trop généreusement le «plagiat inconscient»). Bien sûr, il en va autrement des étudiants qui développent une personnalité intellectuelle et qui découvrent que l’on écrit dans le but de communiquer ce que l’on a compris (éventuellement dans la pensée d’un auteur cité soigneusement) et que l’on estime digne d’intérêt pour autrui. Mais, apparemment et peut-être malheureusement, il n’y a pas que ces derniers qui s’inscrivent au doctorat. Je reconnais toutefois que ce que je dis dans ce paragraphe est en bonne partie de la pure spéculation, car je n’ai jamais fait d’enquêtes auprès des étudiants, de la petite enfance à l’inscription au doctorat.

Enfin, j’ai beaucoup apprécié que vous ayez situé votre étude dans un contexte plus large, non seulement celui de la psychologie (description qui me semble très juste de la psychologie du jeune professeur), mais aussi celui  de la réflexion morale et des théories  éthiques. Il n’est pas facile de  défendre des thèses en matière d’éthique car les ambiguïtés  et les frontières non étanches se rencontrent partout. Je crois qu’en matière de plagiat, l’ambiguïté tient au fait que plusieurs seraient tentés de dire «après tout, ça ne fait de tort à personne». De là l’importance de votre premier chapitre qui montre que, bien au contraire, le plagiat peut faire énormément de tort à plusieurs personnes. J’espère que se développera chez les lecteurs de votre livre la conviction que le plagiat est, de ce fait, un acte hautement répréhensible qui doit être dénoncé, et pas seulement parce que cela fait bien aujourd’hui de le dénoncer officiellement. Reste que dans tout jugement porté sur de tels actes, des nuances s’imposent. Or il m’a semblé que, tout au long de vos trois derniers chapitres, vous faites effectivement les nuances qui s’imposent. Tout ne doit pas être mis sur le même plan. À vrai dire, je suis mauvais juge car je n’ai jamais été confronté aux problèmes de jugements disciplinaires à propos de cas complexes et j’ignore tout de la dimension juridique de la question. J’ai seulement rejeté des travaux d’étudiants plagiaires et recommandé de ne pas publier tel article comportant un plagiat évident. Quoi qu’il en soit, il me semble que la façon de faire que vous décrivez est guidée par une prudence appropriée en la matière.

Un autre élément de votre livre qui m’a beaucoup intéressé concerne la mise en rapport de l’Internet et du plagiat. Il est évident qu’Internet change les données du problème en aidant à la fois les plagieurs et les détecteurs de plagiat, mais bien des précisions sont requises sur cette question et j’ai passablement appris à sa lecture à cet égard aussi.

Bref, je souhaite que votre livre connaisse la diffusion qu’il mérite, en dépit de quelques passages peut-être un peu touffus, et qu’il contribue à accroître encore l’impact que votre site a manifestement sur la lutte contre le plagiat qui s’impose de plus en plus.

Maurice Lagueux

 

A lire, avant d’écrire !

29 November 2015

La lecture du dernier ouvrage de Michelle Bergadaà, Le plagiat académique, comprendre pour agir paru chez L’Harmattan devrait être obligatoire pour les étudiants devant produire un mémoire de master, pour les doctorants (PhD & DBA), pour les chercheurs dont le métier est de produire de la connaissance, mais aussi… pour les responsables de revues et d’institutions académiques.

Cet ouvrage est une synthèse de l’action et des travaux menés par l’auteur depuis 10 ans, notamment au travers de son site web et de sa newsletter mensuelle (25000 abonnés dans 15 pays).

Ce livre de 234 pages se caractérise à la fois par la densité des illustrations issues de cas réels et par sa dimension extrêmement pratique.

Si l’on raisonne en termes « d’impact » sur la communauté académique, Michelle Bergadaà fait partie des collègues qui ont eu, au cours de la décennie passée, un impact très significatif.

Le premier chapitre met en évidence au travers de l’analyse de cas concrets et réels, la gravité du plagiat et les dix conséquences du « comportement plagiaire ». Ces dix conséquences sont toutes importantes, citons notamment que le plagiat inhibe les chercheurs compétents et qu’il coute cher aux institutions. Ce chapitre se termine d’ailleurs par un guide en sept étapes pour conduire une expertise de plagiat.

Le deuxième chapitre s’arrête sur l’évolution du comportement plagiaire et note que ce comportement est susceptible de débuter dès le mémoire de master et s’inscrit dans le fonctionnement des institutions académiques. L’étudiant en master doit comprendre que son comportement lui fait courir aujourd’hui d’énormes risques immédiats ou différés. Le chapitre se termine par le rappel des fondamentaux proposant des repères moraux et déontologiques.

Le chapitre trois étudie quatre profils des plagieurs, la conduite à tenir avec chacun d’eux, et souligne le besoin de normes. Il se termine avec le rappel (p. 144) de directives antiplagiat.

Le dernier chapitre « Quand parler c’est agir » est consacré au rôle de la parole au service de l’action. Se taire, c’est devenir complice ! Parler c’est prendre des risques, tant pour sa carrière, que dans les relations avec les collègues et l’institution. Ce chapitre analyse les leviers qui conduisent à parler et donc à agir.

L’annexe 1 précise le contexte juridique du plagiat et l’annexe 2 propose de former des veilleurs d’intégrité pour les institutions d’enseignement supérieur.

En résumé, on peut affirmer que ce livre est à lire, avant d’écrire !

Pr. Michel Kalika, Conseiller scientifique du Business Science Institute

 

Rédaction Médicale et scientifique

Actualités des sociétés de rédacteurs et des revues biomédicales : JAMA, The Lancet, BMJ, NEJM, revues électroniques,… ISSN 2429-1528

Le plagiat académique : se lit comme un roman que l’on ne peut plus quitter

Félicitons Madame Michèle Bergadaà, (Geneva School of Economics and Management GSEM), non seulement pour ses travaux sur le plagiat, mais surtout pour ce livre ‘Le Plagiat Académique, Comprendre pour agir‘ qui est passionnant, Un remerciements pour L’Harmattan, éditeur qui a publié ce ‘roman’. Je dis roman car ce livre est illustré de cas vrais (anonymisés) de plagiat…   On lit cela avec passion, et sans étonnement en constatant que les rares plagiés (1 à 3 %) qui demandent réparation mettent au moins 10 ans à faire reconnaître le préjudice.. Consternant : il existe une tolérance de notre système académique, qui en même temps vénère le dieu ‘facteur d’impact’ évaluant la quantité et non pas de la qualité.

Ce livre (ISBN : 978-2-343-07531-0 • octobre 2015 • 234 pages) est bien construit, avec 4 chapitres : Appréhender la gravité du plagiat ; L’évolution du comportement plagiaire ; Profils de plagieurs et besoin de normes ; Quand parler, c’est agir. Je reprends les 10 conséquences d’un comportement plagiaire :

  1. le plagiat est un vol d’une création originale ;
  2. le plagieur s’inscrit en faux vis-à-vis du droit fondamental du lecteur ;
  3. le plagiat porte atteinte au droit ultérieur de l’auteur à publier ;
  4. le plagiat vide le sens d’une oeuvre ;
  5. le plagiat est une fraude vis-à-vis du système ;
  6. le plagiat incite à la recherche bâclée ;
  7. le plagiat provoque un dysfonctionnement des revues scientifiques ;
  8. le plagiat inhibe des chercheurs compétents ;
  9. un comportement plagiaire porte atteinte à l’image de nos établissements ;
  10. la lutte anti-plagiat coûte cher.

Les profils de plagieurs sont passionnants : manipulateur, fraudeur, bricoleur, tricheur.

Hervé Maisonneuve
Vendredi 30 octobre 2015